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Légendes urbaines et mythes surnaturels

Légendes urbaines, surnaturel, endroits hantés , mythes du monde entier à faire froid dans le dos

La légende des Anges protecteurs de Mons

Publié le 4 Octobre 2014 par joedalton in Légendes

La légende raconte que, la nuit du 23 août 1914, alors que l’armée britannique était acculée, des figures ailées, lumineuses, seraient apparues dans le ciel afin de venir en aide aux troupes britanniques. Ces anges auraient stoppé temporairement l’avancée des Allemands, permettant aux Anglais d’organiser leur retraite.

Les origines et fondements de cette légende sont multiples. En effet, il est courant, qu’en temps de guerre, face à la violence des combats, les soldats soient empreints d’une certaine spiritualité qui répond à des interrogations logiques, et interroge le fondement même de l’individu plongé dans une guerre qui le dépasse. La proximité de la mort et les conditions de vie stressantes constituent un terreau propice à la propagation de légendes, dans un monde dans lequel les moyens de communication entre le front et l’arrière sont maigres et dans lequel les rumeurs se multiplient.

Grâce à saint Georges?

La Grande Guerre connaitra de nombreuses légendes qui raconteront qu’en différents endroits du front, des soldats auraient obtenu l’aide de figures célestes. En fonction du contexte, ces figures prendront la forme de personnages religieux (le Christ, la Vierge Marie), de personnages légendaires ou de héros nationaux (Saint-Georges, Jeanne d’Arc, …). Ces derniers témoignent du fait que ces apparitions dépassent la simple recherche de spiritualité, mais s’ancrent dans un inconscient collectif et dans un phénomène plus complexe touchant à la légitimation de la guerre. De multiples facteurs entrent en jeux dans la propagation de ces légendes. Pour les anges de Mons, un élément important est l’intervention d’Arthur Machen, écrivain fantastique britannique. Le 29 septembre 1914, il publie dans le London Evening News, une nouvelle qui raconte qu’un soldat britannique, lors d’une bataille contre des soldats allemands, invoqua saint Georges. Aidés d’archers revenus directement de la bataille d’Azincourt, le Saint-Patron de l’armée britannique mit en déroute l’armée allemande. Le ton est celui du témoignage et non de la fiction, ce qui sema la confusion dans la perception de l'histoire. L’auteur stipula, peu de temps après la parution de son œuvre, qu’il s’agissait d’une pure fiction qu’il avait écrite afin de soutenir le moral de ses compatriotes.

Et la fiction devint légende

La rumeur se propagea rapidement en Angleterre. Durant les mois qui suivirent, de nombreux articles ou ouvrages parurent relayant les témoignages de soldats ayant participé à la Grande Retraite. La légende prit des formes diverses. Les anges qui apparurent aux troupes britanniques étaient présentés de différentes manières : nuage lumineux, cavalier, chevalier ailé, etc… Des revues spiritualistes s’emparèrent du phénomène, tout comme l’Eglise. Des sermons racontant la légende et l’intervention divine furent diffusés sur le front comme à l’arrière. Des artistes peignirent le phénomène et des œuvres musicales furent composées. La légende avait véritablement imprégné la société britannique, avec le soutien probable des autorités qui y voyaient un moyen de soutenir l’effort de guerre.

L’apparition des Anges: entre mythe et réalité

La lecture de la presse cléricale était, au début du XXe siècle, très importante et très influente. Ainsi en mai 1915, le révérend Gilson, rédacteur en chef d’All Saintset prédicateur influent et populaire de Manchester, sera vite débordé lors de la réimpression de l’histoire de Machen. L’histoire est diffusée en grand nombre. D’autres éditions ou réécritures de Machen vont apparaître sur tout le territoire britannique. L’histoire d’une infirmière, ayant prétendu avoir soigné des soldats ayant vu les Anges, va aussi voir le jour et sera rapidement diffusée dans les revues paroissiales et utilisée dans les sermons de toutes les églises protestantes du Royaume-Uni.

Dieu du côté des Alliés?

En août 1915, Arthur Machen réédite son ouvrage, il y ajoute une préface claire en y indiquant que son histoire était fictive et qu’il n’y a aucun fondement avec la réalité. Cependant, le déni de Machen ne va pas changer la donne, la population croit encore ardûment à l’apparition des Anges. Une des conséquences de cette nouvelle édition est la publication d’une vaste série d’ouvrages prétendant fournir la preuve de leur existence. Dès 1915 une enquête de la Society for Psychical Research[1] indique qu’il n’existe pas de témoignage de première main. Elle indique que les Anges s’avèrent, après enquêtes être fondés sur la seule rumeur et ne peuvent être rattachés à aucune source sérieuse.

En fait, les Anges de Mons ont souvent été cités comme la "preuve" que Dieu était du côté des Alliés. À la fin de l’été 1915, il aurait été antipatriotique, voire presque une trahison, d’en douter. Cela va même perdurer jusque dans les années 60 car un historien britannique indique dans l’un de ses ouvrages qu’une intervention surnaturelle a été observée, plus ou moins fiable, du côté britannique, en effet, les Anges de Mons étaient le seul fait surnaturel reconnu de la guerre par les autorités supérieures.

L'Etat britannique préfère y croire

Nous avons dès lors l’impression que l’État britannique n’intervient pas dans cette histoire. Deux conceptions voient le jour : la première est la non-intervention du Gouvernement dans l’expansion de la légende et la seconde est qu’il l’aurait encouragée secrètement. Cette deuxième tendance semble à privilégier. En effet, le Gouvernement n’interagit pas officiellement, aucune déclaration ne concerne cette apparition mais cette vision des Anges a donné un regain patriotique. Les Autorités voulaient que les hommes s’enrôlent dans l’armée et attendaient le soutien des populations civiles dans leur effort de guerre. Cette apparition arrive au bon moment, car cette reconnaissance de l’aide de Dieu dans le premier conflit mondial permet ainsi d’avoir une opinion publique ralliée à la cause du Gouvernement. Mons devient dès lors le lieu cette vision car c’est le lieu du premier conflit des Britanniques et l’apparition des Anges devient le signe tangible de la victoire future des armées alliées.

Les Autorités possèdent un système de censure assez considérable où l’importance est donnée à la propagande, la désinformation et la rumeur. Le seul moyen d’obtenir de l’information est uniquement possible à partir des soldats, des connaissances, des journaux et des magazines. Ces derniers possèdent leurs informations uniquement à partir des rapports que l’armée veut bien donner. La population a besoin de recevoir des nouvelles du continent. Ainsi, par exemple, en 1914, une rumeur se propage rapidement : des soldats russes seraient arrivés en Angleterre avec encore de la neige sur leur bottes. Dès lors, nous constatons un flou entre la rumeur et l’information véridique. La légende des Anges et la rumeur de l’arrivée des soldats russes sur le front ouest sont clairement bénéfiques à la cause alliée et dès lors, les Autorités laissent l’information se diffuser. L’organe de censure aurait pu arrêter la diffusion de ces affirmations grâce à son important arsenal de gestion de l’information. Il permet non seulement la suppression des nouvelles préjudiciables issues des lettres de soldats mais également la rétention des informations jugées utiles.

Instrumentalisation des Anges

Le général de brigade Charteris va jouer un rôle important dans cette histoire. Officier du renseignement, il participe, entre autres, à la retraite de Mons. Il était conscient de la puissance et de l’utilité de la désinformation. Son implication dans la diffusion de la rumeur de l’arrivée des troupes russes ne peut pas être confirmée, par contre, une autre histoire légendaire a bien été créée et définie par Charteris. Elle concerne l’histoire de l’usine de cadavres. Il aurait été l’initiateur de la rumeur prétendant que les Allemands utilisent les corps des soldats morts pour en faire des munitions ou des aliments pour animaux. Celle-ci va perdurer durant toute la première guerre pour être démentie en 1925. Lors d’une conférence aux Etats-Unis, Charteris explicite la création de cette histoire par l’Intelligence britannique afin de rallier la Chine aux Alliés. Connaissant son implication dans la diffusion de rumeurs durant la guerre, il paraît évident qu’il a joué un rôle dans l’expansion de l’apparition des Anges. Il aurait rédigé l’histoire dans une lettre destinée à son épouse où il aurait traité des Anges lors de la retraite de Mons. Cependant, ce document, censé se retrouver dans l’ensemble des lettres envoyées à sa femme, plus de 1200 pièces, n’est pas retrouvée. Pourrait-on parler de coïncidence ? Il serait plutôt la preuve de l’implication du service de Renseignement britannique dans la propagation du mythe.

L’ouvrage de Machen peut avoir eu un rôle dans la création du mythe ultérieur mais il semble probable qu’il fut assisté de façon constante par l’Intelligence britannique. Si cela est correct, les Anges de Mons peuvent être considérés comme une pièce intéressante de l’histoire sociale, mais aussi comme un exemple magistral et durable au début de la désinformation et de la propagande.

Peut-être des hallucinations

Après la guerre, de nombreuses personnes vont se lancer à la recherche de l’apparition des Anges de Mons. Résultat de ces recherches : l’apparition n’aurait aucun lien avec l’expérience réelle. Les origines des Anges de Mons ne se trouveraient pas dans les événements de la bataille elle-même mais plutôt au moment où l’armée entre dans une nouvelle phase noire de la guerre des tranchées entraînant de ce fait une souffrance incessante. La seule preuve réelle des visions apparue au cours des débats vint de soldats véritablement en service qui ont déclaré qu'ils avaient eu des visions de cavaliers fantômes, pas d’anges ou d’archers, et ceci s'était produit durant la retraite plutôt qu’au cours de la bataille elle-même. Puisque pendant la retraite beaucoup de soldats étaient épuisés et n'avaient pas dormi correctement depuis des jours, il se peut que ces visions furent des hallucinations.

L’histoire d’une intervention divine a pu donc se développer dans ce contexte sombre. Le Gouvernement a certainement dû agir pour remonter le moral de l’opinion britannique suite aux nombreuses défaites et à l’enlisement de la guerre, alors que l’on pensait que tous les soldats seraient rentrés pour Noël. De plus en plus de soldats décèdent sur le champ de bataille et plusieurs légendes et mythes se développent de façon considérable sur le territoire britannique. L’histoire des Anges de Mons va prendre une dimension plus importante grâce à l’ouvrage de Machen. Même s’il indique que cette aventure est pure invention, cela déclenche un mouvement populaire de croyance impossible à désamorcer. Tout cela se traduit par la création d’une légende durable, survivant bien au-delà de la courte histoire qui l’a créée. Ainsi, l’histoire a été absorbée par la mémoire populaire britannique.

Les Anges de Mons dans la Procession du Car d'Or

En 1919 et en 1945, un groupe représentant les Anges de Mons participe à la Procession du Car d'Or. Ce groupe représente des soldats britanniques entourés d'anges armés vêtus de blanc. Il semblerait que ce groupe se soit constitué suite à l'émotion suscitée à l'issue des deux guerres.

Pour le Doudou 2014, l'asbl Procession du Car d'Or, en association avec le Comité de Coordination des Commémorations de la Ville, soutenu par les associations patriotiques de Mons, souhaite remettre sur pied ce groupe des Anges de Mons. Elle entend ainsi participer aux commémorations en réitérant la présence de ce groupe au sein de la procession car, selon la légende, les Britanniques auraient invoqué saint Georges et, du ciel, ces Anges seraient alors apparus...

Les anges de Mons - Tableau de Marcel Gillis, Ville de Mons  et  un groupe représentant les Anges de Mons
Les anges de Mons - Tableau de Marcel Gillis, Ville de Mons  et  un groupe représentant les Anges de Mons

Les anges de Mons - Tableau de Marcel Gillis, Ville de Mons et un groupe représentant les Anges de Mons

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